
Le sphincter artificiel
Le sphincter urinaire artificiel est un dispositif entièrement implanté dans le corps, destiné à traiter certaines formes importantes d’incontinence urinaire masculine. Il permet au patient de contrôler lui-même l’ouverture de l’urètre au moment d’uriner.
L’ESSENTIEL EN VIDÉO
Vous souhaitez l’essentiel en quelques instants ? Cette courte vidéo de présentation résume ce qu’est le sphincter urinaire artificiel, à qui il s’adresse et comment il fonctionne. Les explications détaillées se trouvent dans la suite de la page.
Vidéo de présentation du sphincter urinaire artificiel — Service d’urologie, Hôpital Foch.
QU’EST-CE QU’UN SPHINCTER URINAIRE ARTIFICIEL ?
Le sphincter urinaire naturel est un muscle qui maintient l’urètre fermé entre les mictions. Il empêche les fuites d’urine lorsque l’on se lève, marche, tousse, éternue ou fait un effort.
Après certaines interventions sur la prostate, ce sphincter peut devenir insuffisant. Des fuites urinaires apparaissent alors, principalement lors des mouvements ou des efforts : on parle d’incontinence urinaire d’effort par insuffisance sphinctérienne.
Le sphincter urinaire artificiel est une prothèse implantable qui remplace en partie la fonction du sphincter défaillant. Il maintient l’urètre fermé la majeure partie du temps, et le patient commande lui-même son ouverture lorsqu’il souhaite uriner.
Le sphincter artificiel ne remplace ni la vessie ni la prostate. Il agit comme une valve, contrôlée par le patient, qui ferme temporairement l’urètre.
DANS QUELLES SITUATIONS PEUT-IL ÊTRE PROPOSÉ ?
Chez l’homme, le sphincter artificiel est principalement proposé en cas d’incontinence urinaire persistante liée à une insuffisance du sphincter, notamment :
- après une prostatectomie totale réalisée pour traiter un cancer de la prostate ;
- plus rarement après une intervention pour adénome de la prostate ;
- après certains traitements combinés de la prostate (chirurgie et radiothérapie) ;
- dans certaines situations neurologiques ou après un traumatisme ;
- lorsque les fuites restent importantes malgré la rééducation périnéale et les traitements moins invasifs.
L’implantation est surtout envisagée lorsque l’incontinence est modérée à sévère, gênante dans la vie quotidienne et suffisamment stable dans le temps. L’Association française d’urologie classe le sphincter artificiel parmi les traitements chirurgicaux de référence de l’incontinence masculine modérée à sévère.
Le choix dépend notamment :
- du nombre de protections utilisées et de l’importance des fuites ;
- de leur retentissement sur la vie sociale, professionnelle, sportive ou intime ;
- de l’état de l’urètre et de la vessie ;
- des interventions et traitements déjà réalisés ;
- de la capacité du patient à repérer et à manipuler la pompe.
Selon l’importance des fuites et la situation de chaque patient, d’autres traitements peuvent être discutés : rééducation périnéale, bandelette sous-urétrale masculine, ballons péri-urétraux, protections ou étui pénien. La décision est prise avec l’urologue après un bilan personnalisé.
COMMENT FONCTIONNE-T-IL ?
Le dispositif est entièrement placé à l’intérieur du corps : aucune partie n’est visible à l’extérieur. Il comprend trois éléments reliés entre eux par de fines tubulures remplies de liquide :
- Une manchette autour de l’urètre : lorsqu’elle est remplie de liquide, elle comprime délicatement l’urètre et empêche les fuites.
- Une pompe de commande dans le scrotum : placée sous la peau, à côté d’un testicule, elle est repérée avec les doigts et pressée par le patient lorsqu’il souhaite uriner.
- Un ballon-réservoir : placé dans le bassin ou l’abdomen, il reçoit temporairement le liquide provenant de la manchette et régule la pression du système.
Vidéo : comprendre le fonctionnement du sphincter artificiel
Cette animation montre comment la pression sur la pompe transfère le liquide de la manchette vers le ballon-réservoir. L’urètre s’ouvre alors temporairement pour permettre d’uriner.
Animation pédagogique du fonctionnement d’un sphincter urinaire artificiel. Les détails anatomiques et opératoires peuvent varier selon chaque patient.
COMMENT URINER AVEC LE DISPOSITIF ?
Lorsque le patient ressent le besoin d’uriner :
- il repère la pompe dans le scrotum ;
- il comprime plusieurs fois sa partie souple ;
- le liquide quitte la manchette et se déplace vers le ballon-réservoir ;
- la manchette s’ouvre et l’urine peut s’écouler ;
- après quelques minutes, le liquide revient progressivement dans la manchette, qui referme automatiquement l’urètre.
Le patient n’a donc pas besoin de réappuyer sur la pompe pour refermer le sphincter : la fermeture est automatique. Le nombre de pressions et le délai de fermeture varient légèrement selon le dispositif et le patient.
Le geste doit être appris avec l’équipe d’urologie. La manipulation peut paraître difficile les premières fois, mais elle devient généralement simple et automatique après une courte période d’apprentissage.
QUEL BILAN AVANT L’INTERVENTION ?
Le bilan est adapté à chaque situation. Il peut comprendre :
- un interrogatoire détaillé sur les fuites et un calendrier mictionnel ;
- l’évaluation du nombre et du poids des protections ;
- un examen clinique et une analyse d’urines ;
- une fibroscopie de l’urètre et de la vessie ;
- une mesure du débit urinaire et du résidu après la miction ;
- parfois un bilan urodynamique ;
- l’étude des traitements antérieurs, notamment chirurgie et radiothérapie.
L’objectif est de vérifier que l’urètre est perméable, que la vessie peut se vider correctement et qu’il n’existe pas d’infection urinaire active.
COMMENT SE DÉROULE L’INTERVENTION ?
L’intervention est réalisée sous anesthésie générale ou locorégionale. Le chirurgien met en place la manchette autour de l’urètre, la pompe dans le scrotum et le ballon-réservoir dans le bassin ou la paroi abdominale. La durée d’hospitalisation dépend de la situation du patient.
Après l’intervention, le sphincter est généralement laissé désactivé pendant la période de cicatrisation. Le patient continue donc temporairement à avoir des fuites et à porter des protections.
L’activation est réalisée secondairement en consultation, souvent environ six semaines après l’intervention, lorsque la cicatrisation est jugée suffisante. Le patient apprend alors à localiser et à utiliser la pompe.
Le parcours se déroule donc en quatre étapes :
- Consultation et bilan : évaluation des fuites, examen clinique et examens complémentaires ;
- Intervention : implantation de la prothèse, entièrement sous la peau ;
- Cicatrisation : le dispositif reste ouvert et inactif pendant plusieurs semaines ;
- Activation et apprentissage : activation par l’urologue et apprentissage de la pompe.
QUELS RÉSULTATS PEUT-ON ATTENDRE ?
Le principal objectif est de réduire très nettement les fuites urinaires, le port de protections et la gêne quotidienne. Le sphincter artificiel est le traitement de référence de nombreuses formes importantes d’incontinence sphinctérienne masculine, mais il ne permet pas de promettre une continence parfaite ni définitive.
Une petite fuite peut notamment persister :
- lors d’un effort très important ;
- lorsque la vessie est très pleine ;
- en cas d’envie urgente liée à la vessie ;
- lorsque le dispositif vieillit ou fonctionne moins bien.
Le dispositif est mécanique : avec le temps, une révision, le remplacement d’un composant ou le remplacement complet de la prothèse peuvent devenir nécessaires. L’amélioration de la qualité de vie constitue un objectif aussi important que le nombre exact de protections utilisées.
QUELLES SONT LES LIMITES ET LES COMPLICATIONS POSSIBLES ?
Comme toute intervention chirurgicale et toute implantation de matériel, la pose d’un sphincter artificiel comporte des risques. Les principales complications spécifiques comprennent notamment :
- infection de la prothèse ;
- difficulté à uriner, douleur ou hématome ;
- érosion de l’urètre par la manchette ;
- fragilisation progressive des tissus autour de l’urètre ;
- récidive ou persistance de fuites ;
- mauvais fonctionnement de la pompe, fuite de liquide ou panne mécanique ;
- nécessité de réintervenir, voire de retirer temporairement ou définitivement le dispositif.
Une radiothérapie antérieure, une chirurgie de l’urètre, une sténose de l’urètre ou plusieurs interventions précédentes peuvent rendre la situation plus complexe. Ces risques sont évalués individuellement lors de la consultation : ils ne signifient pas que la complication surviendra, mais doivent être connus avant la décision opératoire.
LA VIE QUOTIDIENNE AVEC UN SPHINCTER ARTIFICIEL
Après la cicatrisation et l’accord du chirurgien, la plupart des activités quotidiennes peuvent être reprises progressivement. Le dispositif est invisible, ne sonne pas aux portiques de sécurité usuels et ne nécessite ni batterie ni recharge.
Le patient doit néanmoins conserver les informations relatives à son implant et signaler systématiquement sa présence : à tout médecin, aux urgences, avant un sondage urinaire, avant une endoscopie ou une intervention par les voies urinaires, et lors de toute hospitalisation.
Ne jamais introduire une sonde urinaire ou un instrument dans l’urètre sans avoir préalablement désactivé le sphincter artificiel. Un sondage réalisé alors que la manchette est fermée peut blesser l’urètre et endommager le dispositif. La désactivation doit être réalisée par une personne formée ou selon les consignes précises remises au patient.
Carte de porteur : le patient doit conserver sur lui sa carte de porteur de prothèse. Une photographie de cette carte peut également être enregistrée dans son téléphone.
QUAND CONTACTER RAPIDEMENT L’ÉQUIPE D’UROLOGIE ?
Il faut demander un avis en cas de :
- fièvre ;
- rougeur, gonflement ou écoulement au niveau des cicatrices ;
- douleur inhabituelle ou croissante ;
- impossibilité d’uriner ;
- difficulté nouvelle à manipuler la pompe, ou pompe devenue très dure, très molle ou impossible à localiser ;
- réapparition brutale ou progressive des fuites ;
- sang dans les urines ;
- nécessité urgente de poser une sonde urinaire.
Ces symptômes ne signifient pas nécessairement que la prothèse doit être retirée, mais ils nécessitent une évaluation.
QUESTIONS FRÉQUENTES
La prothèse est-elle visible ?
Non. Tous ses composants sont implantés sous la peau. Seule la pompe est perceptible au toucher dans le scrotum.
Faut-il appuyer sur la pompe à chaque fois que l’on urine ?
Oui. La pompe ouvre temporairement la manchette, qui se referme ensuite automatiquement.
Est-ce douloureux à utiliser ?
Après la cicatrisation, la manipulation ne doit normalement pas être douloureuse. Une douleur nouvelle doit être signalée.
Peut-on uriner à nouveau si la vessie n’est pas complètement vide ?
Il est possible de comprimer à nouveau la pompe pour rouvrir la manchette. Les consignes précises sont données au moment de l’activation.
Le sphincter est-il activé immédiatement après l’opération ?
Non. Il est généralement laissé ouvert pendant plusieurs semaines afin de permettre la cicatrisation.
La prothèse fonctionne-t-elle toute la vie ?
Pas nécessairement. C’est un dispositif mécanique soumis au vieillissement : une révision ou un remplacement peut devenir nécessaire.
Une sonde urinaire peut-elle être posée ?
Oui, mais uniquement après désactivation correcte du sphincter. Le patient doit toujours signaler la présence de sa prothèse avant tout sondage.
Peut-on pratiquer une activité sportive ?
La reprise est progressive et dépend de la cicatrisation. Les activités exerçant une pression importante sur le périnée doivent être discutées avec le chirurgien.
Peut-on avoir des rapports sexuels ?
Le dispositif n’est pas destiné à modifier les érections ou l’orgasme. La reprise des rapports dépend principalement de la cicatrisation et des consignes du chirurgien.
QUI CONSULTER À L’HÔPITAL FOCH ?
La prise en charge de l’incontinence urinaire masculine et la pose du sphincter urinaire artificiel sont assurées par l’équipe d’urologie fonctionnelle et de chirurgie pelvi-périnéale du service d’urologie de l’Hôpital Foch :
Prendre rendez-vous : via le service des rendez-vous de l’Hôpital Foch, ou auprès de Mme Florence Frohn au 01 46 25 24 64.
Prendre rendez-vous Appeler le 01 46 25 24 64
Cette page fournit une information générale. Elle ne remplace pas une consultation médicale ni les explications personnalisées données par votre urologue. L’indication, les bénéfices attendus, les alternatives et les risques doivent être discutés individuellement.